La vignette culturelle et historique avec Andry.R & Alex.R

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La motivation de cette rubrique est le désir insatiable d’apprendre et de partager avec tous et toutes les petites histoires qui font la grande Histoire du Hip Hop. 

Pour un aficionado comme pour un néophyte, les manifestations artistiques issues du Hip Hop ne laissent pas insensible.

Bien plus qu’un ensemble de disciplines et d’esthétiques, le Hip Hop est avant tout une Culture mondiale, accessible à tous, et par laquelle s’expriment liberté, créativité sans limite et un désir profond d’échange et de partage de connaissances..

Le Hip Hop est festif, revendicatif, récréatif, éducatif et porte en lui une portée universelle, et, pour qu’il puisse perdurer, il faut que son expression et ses valeurs soient perpétuellement transmises et partagées. Lorsque c’est le cas, le Hip Hop marque, éduque, façonne et peut transformer radicalement et positivement la vie de ceux qui arrivent à s’approcher du fondement de son état d’esprit.

Le Hip Hop se pratique, se ressent, se vit et se partage donc ; c’est pour cela que nous allons ici vous présenter des anecdotes et des faits historiques que nous considérons importants voire essentiels pour l’Histoire de la Culture Hip Hop.

Pour cette première chronique, nos AR(T)chivistes ont fait un tour d’horizon de leur savoir accumulé sur la Culture Hip Hop. Parmi un nombre incalculable de faits marquants, ils en ont choisi un qui, à leurs yeux, paraissait important et essentiel de connaître tant cette histoire est passionnante de par son caractère unique et authentique. Leur choix s’est arrêté aujourd’hui sur un ouvrage de la photographe Martha Cooper sorti en 2004 et intitulé “Hip Hop Files: Photographs 1979-1984”.

Hip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentauxHip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentaux

Here is a little story that must be told ! 

Comme son sous-titre l’indique, Hip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentaux (le Writing, le Breaking, le DJing et le Emceeing) ainsi que le début de leur médiatisation.

Entre 1979 et 1984, dans la Ville de New York, Martha Cooper, grâce à sa curiosité et des rencontres fortuitement destinées, a su être au bon moment et au bon endroit pour capturer des moments importants dans l’histoire de la Culture Hip Hop. 

Toujours armée de son appareil photo, elle a magnifiquement immortalisé ce qui est par nature éphémère et sans le savoir, elle était en train de constituer une tonne d’AR(T)chive dont une partie va être inscrite au patrimoine visuel de la Culture Hip Hop.

L’authenticité de Hip Hop Files est intimement liée à la personnalité de Martha Cooper et sa volonté quasi obsessionnelle de figer des moments uniques hors du temps.

En 1979, elle devient photographe pour le journal New York Post et prend l’habitude à la fin de ses journées de travail d’arpenter les rues du quartier Alphabet City ( quartier de Manhattan considéré à cette époque comme populaire et de grande mixité sociale, ethnique et culturelle). Elle y photographie les enfants en train de jouer avec tout ce qui leur tombe sous la main. Ces photos ont donné naissance à l’ouvrage “Street Play”. 

Deux moments vont être décisifs et venir booster son intérêt, devenu une passion, pour la photographie du quotidien des rues de New York. Le premier va faire basculer sa vie. Ce moment est illustré par la dernière photo de “Street Play” : sa rencontre avec un jeune nommé Edwin Serrano (He3) qu’elle photographie en train de faire une fresque sur un mur et avec qui elle échange sur cette pratique, le Writing (graffiti art), qui jusque-là n’avait aucune importance pour elle. 

Hip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentauxHip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentaux
Hip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentauxHip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentaux

Cette rencontre l’a profondément intrigué. Le fait que le modèle de la fresque soit préalablement dessiné sur papier avant d’être reproduite sur un mur lui a fait prendre conscience de la dimension artistique et organisée de cette pratique. 

L’échange avec Edwin va l’amener à rencontrer le “King” Dondi White avec qui elle va se lier d’amitié et qui va non seulement lui partager tout son savoir sur le Writing mais aussi lui ouvrir les portes d’un univers jusque-là ignoré. 

A partir de là, elle ne va plus s’arrêter, elle se fait accepter par le monde du Graffiti underground de New York et va jusqu’à les suivre dans leurs aventures nocturnes dans les dépôts de trains pour en apprendre plus.

Mais Martha en veut encore plus, elle voulait photographier cet art dans son environnement urbain. Elle va rencontrer Henry Chalfant (un photographe et reporter vidéo également passionné par le Graffiti et la Culture Hip Hop) avec qui elle va collaborer pour publier “Subway Art”( 1984), ouvrage culte qui met en évidence les débuts d’artistes légendaires tels que Seen, Dondi, Duro, Kist, Zephyr, Blade One, Cope et Futura ainsi qu’une multitude d’artistes underground New Yorkais. 

Si la première édition du livre ne comptait que 3000 exemplaires, en 2009, les ventes atteignent 500 000 exemplaires. Jusqu’à aujourd’hui cet ouvrage est considéré comme un livre saint pour les adeptes du Writing (graffiti art).

Le deuxième moment clé est sa rencontre quasi hasardeuse avec la pratique du Breaking. Dans la nuit du 21 janvier 1980, Martha Cooper est envoyée à Washington Heights (dans les quartiers du nord de Manhattan) pour couvrir une émeute. Arrivée sur place, elle constate qu’il n’y a pas d’émeute et que dans le commissariat à l’intérieur du métro, environ vingt-cinq jeunes garçons étaient regroupés. La police leur avait confisqué leurs armes, matraques mais aussi des bombes de peinture. Elle finit par découvrir qu’ils étaient regroupés, non pas pour se battre mais pour s’affronter en danse. 

Hip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentauxHip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentaux
Hip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentauxHip Hop Files retrace en photographies, de façon très précise, l’émergence de la Culture Hip Hop et de ses éléments fondamentaux

Martha Cooper leur demande alors de faire une démonstration devant le commissariat et réussit à faire quelques clichés. Malheureusement, le sujet n’intéressait pas le New York Post. A ce moment précis, Martha est déjà conquise et va, comme elle avait fait avec le Writing (graffiti art), commencer à tout faire pour rencontrer d’autres danseurs, notamment le légendaire Rock Steady Crew.

Elle ira jusqu’à organiser la participation de ces derniers à un événement,la Conférence du Bronx Folklore (16 et 17 Mai 1981), qui va être l’un des premiers événement marquant pour la médiatisation du Breaking.

Comme avec le Writing (graffiti art), Martha Cooper va s’investir à fond dans le Breaking. Son intérêt va tellement se développer qu’elle décide de quitter son travail pour y consacrer tout son temps et son énergie. 

Petit à petit, elle va rencontrer des personnalités emblématiques, va documenter des événements qui au fil du temps vont devenir des moments importants de l’Histoire de la Culture Hip Hop (elle sera par exemple présente sur les tournages de Style Wars, Wild Style et Graffiti Rock).

Elle compile des milliers de photos qui vont rester archivées jusqu’à sa rencontre avec Akim Walta (Zeb Roc Ski – activiste et un historien du Hip Hop allemand) à la fin des années 90. Akim Walta connaissait le travail photographique de Martha Cooper avec “Subway Art”. 

Intéressé à mettre en valeur la scène Hip Hop New Yorkaise, il réussit à la connecter et lui explique son idée. Martha Cooper lui laisse alors l’accès à des cartons entiers de clichés à visionner. C’est en triant ces photos que l’idée de la création de Hip Hop Files lui vient. De 1999 à 2003, Akim Walta et son équipe vont prendre le temps de retrouver toutes les personnes présentes sur les clichés choisis pour les interviewer. 

Ce travail titanesque finit par donner naissance en 2004 à “Hip Hop Files : Photographs 1979-1984”.

Hip Hop Files
Hip Hop Files

Cooper fait partie de cette catégorie de personnes qui ne pratique aucune des disciplines de la Culture Hip Hop mais qui, grâce à son ouverture d’esprit et sa motivation à mettre en évidence la nature créatrice de l’humain à travers ses photographies, a largement contribué à son émergence, son développement et sa reconnaissance. 

A plus de soixante-quinze ans et avec plus de quatre décennies d’activisme, Martha Cooper continue d’immortaliser le Writing et plus généralement le street art avec toujours autant de passion.

A l’époque où le mode de circulation de l’information, du savoir et des connaissances tend à se réaliser de façon numérique, il nous a paru important de choisir cet objet concret dont le contenu est riche et qui contribue indubitablement à la préservation d’une partie de l’Histoire du Hip Hop.

Hip Hop Files est un indispensable pour quiconque s’intéresse à l’Histoire de la Culture Hip Hop. 

If u dont know, now u know !

© Martha Cooper / From Here to Fame

Pour aller plus loin

• Film documentaire visible sur Arte jusqu’au 21/07/2021 : Martha Cooper, Icône du Street Art. 

• Aux anglophones une version plus longue du docu sorti en 2019 intitulé “Martha : a picture story”, réalisé par Selina Miles. Cliquer ici